Un article sympa qui reflète bien la qualité de notre arbitrage !
Les arbitres suisses hors jeu
Pour la première fois depuis 30 ans, aucun Suisse n’a été retenu par l’UEFA. Cette absence traduit l’existence d’un vide difficile à combler après la retraite de Busacca. Urs Meier tire à boulets rouges sur le manque de stratégie.
Les joueurs d’Ottmar Hitzfeld ne seront pas les seuls représentants helvétiques absents des pelouses de l’Euro. En Pologne autant qu’en Ukraine, on ne trouvera pas davantage trace d’un arbitre suisse dans la liste des arbitres sélectionnés par l’UEFA pour officier lors des 31 matches à venir. Une douloureuse «première», brisant une tradition vieille de 30 ans. Plus que les conséquences, par effet boomerang (représailles), de l’affaire du FC Sion que d’aucuns seraient tentés de mettre en avant en guise d’explication, c’est l’absence de relève qu’il faut pointer du doigt. Et regretter.
Depuis 1982, et la présence de Bruno Galler lors du Mondial espagnol, la Suisse avait systématiquement réussi à faire valoir la qualité reconnue – et appréciée – de son arbitrage au plus haut niveau. Sifflé aujourd’hui hors jeu, celui-ci ne vaut désormais pas mieux que notre équipe nationale. Depuis la retraite anticipée de Massimo Busacca, parti à la FIFA pour y diriger, depuis juillet 2011, le département de l’arbitrage, aucun arbitre suisse n’appartient au groupe fermé des 30 meilleurs directeurs de jeu européens (top groupe).
Immobilisme dénoncé
Un constat qui ne surprend guère Urs Meier, dont le palmarès, avec deux Coupes du monde et autant d’Euros, compte quatre tournois majeurs disputés entre 1998 et 2004. En France, il avait notamment sifflé le très politique Etats-Unis - Iran (1-1), avant, six ans, plus tard, d’être vilipendé par tous les supporters British lors de la demi-finale Portugal - Angleterre (2-2, 6-5 tab) au cours de laquelle il avait pris la décision justifiée d’annuler un but de Campbell dans les arrêts de jeu, ce qui lui avait valu 25'000 e-mails d’insultes à la suite d’une campagne de dénigrement orchestrée par le Sun et des menaces de mort l’obligeant à abandonner son domicile.
«Ce qui arrive aujourd’hui est normal, même prévisible, commente Urs Meier, évoquant le grand désert helvétique. Faute d’être considéré comme une priorité, l’arbitrage suisse n’a pas évolué. Alors qu’il aurait fallu en faire plus, on s’est endormis sur nos lauriers. Massimo Busacca était l’arbre qui cachait le désert. Voilà le résultat…»
L’Argovien sait de quoi il en retourne puisqu’il avait vainement tenté de secouer le cocotier lors de son éphémère passage à la tête des arbitres de Super et de Challenge League. Succédant à Markus Nobs en décembre 2007, Urs Meier avait fini par jeter l’éponge devant l’immobilisme des dirigeants helvétiques, lorsque ceux-là avaient refusé d’entrer en matière sur le thème pourtant récurrent de la professionnalisation de l’arbitrage. «En restant sur ce même chemin sans issue, on n’arrivera nulle part. Quand on a perdu Busacca, personne n’est venu combler ce vide. Aujourd’hui, des pays comme la Suède, la Norvège ou les Pays-Bas nous ont tous rattrapés.» En cause selon l’ancien patron des arbitres, l’absence de stratégie en haut lieu. «Que veut vraiment l’ASF? Quel but veut-elle suivre? Pour espérer progresser, on doit avoir un objectif précis et se donner les moyens de l’atteindre. Force est de reconnaître que ce n’est pas le cas.»
Doit-on obligatoirement en déduire que nos arbitres sont nuls? Pendant que Carlo Bertolini, leur nouveau patron – le Tessinois a été nommé en juillet 2011 –, invite à atténuer un jugement aussi abrupt sans renier pour autant les problèmes actuels (lire ci-contre), Urs Meier pense que la traversée du désert risque de se poursuivre au moins jusqu’en 2016 (Euro en France). «Ce n’est pas sur les pelouses brésiliennes que l’on reverra un arbitre suisse», pronostique-t-il. Appartenant au «groupe promotion» de l’UEFA, trois arbitres – Stephan Studer, Sascha Kever et Cyril Zimmermann – incarnent le timide renouveau helvétique.
Durant ce mois du foot européen, Urs Meier reprendra son rôle de consultant pour la chaîne allemande ZDF. Il ne croit pas dans les vertus de l’arbitrage à cinq, tel qu’il sera de nouveau expérimenté à partir du 8 juin, avec la présence de deux assistants de surface. «Ce n’est pas le nombre d’arbitres qu’il faut augmenter, c’est la qualité de celui qui se retrouve au centre. A ce rythme, sinon, on aura bientôt un arbitre pour chaque joueur!»
(Le Matin)
Créé: 04.06.2012, 22h56