[FC United] Quand les fans de Manchester ne marchent plus !
Posté : 27.07.2006 16:11
A Manchester, la rébellion est en marche
Football. Furieux du rachat des mythiques Red Devils par le milliardaire américain Malcolm Glazer, des supporters dissidents ont fondé le FC United, qui réunit déjà 4000 fans. A terme, la concurrence pourrait gêner le grand «MU»
Bertrand d’Armagnac, Manchester
«A Manchester United, le public est un consommateur plus qu’un réel partenaire»
A des années-lumière des camps d’entraînement luxueux des grands clubs, où le gazon est toujours vert et les vestiaires confortables, les joueurs du FC United of Manchester s’installent tous les mardis et jeudis soir sur les terrains du Broughton Rugby Club, dans un faubourg de Manchester. A un quart d’heure d’Old Trafford, le stade mythique de Manchester United, Karl Marginson, l’entraîneur du FC United, fait évoluer ses joueurs sur un petit terrain synthétique long d’une vingtaine de mètres. Il leur faut souvent attendre un bon quart d’heure sur le parking que les pupilles d’un club local finissent leur séance d’entraînement.
Malgré les apparences, l’équipe du FC United ne mène pourtant pas l’existence normale d’un club de la North West Counties Football League, la 10e division anglaise. Les rencontres sont suivies avec ferveur par 3000 à 4000 spectateurs, soit dix fois plus que la moyenne des autres équipes de la même division.
Tout a commencé en octobre 2004, lorsque la reprise de Manchester United par le milliardaire américain Malcolm Glazer est devenue fortement probable. «A ce moment, un certain nombre de gens ont commencé à se poser la question: «Que faire?», raconte Andy Walsh, directeur général du FC United et ancien président de l’association Independent Manchester United Supporters.
La réponse prend alors peu à peu forme: pourquoi ne pas fonder un autre club de football? C’est fait au début de l’été 2005, et plusieurs milliers de supporters déçus de Manchester United donnent alors de l’argent pour la création du club. «Il ne s’agissait pas de faire dissidence, souligne Andy Walsh, mais plutôt de rassembler les fans déçus par cette prise de contrôle par les propriétaires actuels.» Un moyen de rassembler les «brebis perdues» en attendant que les choses changent peut-être un jour à Manchester United.
Pour les fondateurs et les supporters du FC United, l’état d’esprit des grands clubs déçoit. «Malcolm Glazer est vu par ceux qui soutiennent FC United comme une nouvelle manifestation du mouvement de commercialisation du football», souligne Andy Walsh. Et, pour ce dernier, la course à l’argent rompt le lien entre les grands clubs et leurs fans. «Les supporters ont investi leur temps et leur argent dans leurs clubs, pour leur développement, et ont tissé avec eux un lien de loyauté très fort.» Mais aujourd’hui, regrette-t-il, «ces grands clubs voient les supporters comme des consommateurs et non pas comme des partenaires». A cela s’ajoute l’inflation des prix des places dans les stades. «Il devient très difficile pour un père d’emmener ses enfants au stade pour partager l’expérience d’un match «live», à cause du prix et parce que les tickets sont aussi achetés par des abonnés à l’année ou par des entreprises pour leurs clients», pointe-t-il.
Pour Andy Walsh, c’est la vie, la passion, les encouragements et les sifflets qui font aussi la qualité du spectacle d’un match de football. Et si les fédérations ne sont pas capables de protéger les intérêts des supporters, elles doivent permettre à ces derniers de s’en charger. Il y a toute une palette de solutions: depuis l’élection du conseil d’administration par les abonnés, comme au FC Barcelone, à une prise de participation majoritaire par les supporters, comme dans certains clubs allemands. Au FC United, chaque individu qui investit une livre sterling ou plus dans le club peut voter aux assemblées, selon un principe d’égalité entre tous, et élire le conseil d’administration.
Si le FC United est riche de son histoire et de l’enthousiasme qu’il suscite, il n’en fonctionne pas moins avec de petits moyens. Les joueurs ne sont évidemment pas professionnels. Trois ou quatre d’entre eux ont des contrats «semi-professionnels», qui leur permettent de toucher environ 80 livres par semaine, soit 115 euros. Sinon, l’essentiel de l’effectif reçoit près de 50 livres par match joué, soit un peu plus de 70 euros. Tous travaillent dans la journée, à l’image de l’entraîneur Karl Marginson, qui est transporteur de fruits et légumes, ou de l’attaquant Jonathan Mitten, plombier de son état.
Le site internet du club est un lieu important d’échanges entre le FC United et ses amis. Comme tout site de club, il donne des informations sur les joueurs, les matches ou les déplacements. Et des affiches des rencontres à venir sont téléchargeables depuis le site, afin que les supporters puissent les imprimer et les placer un peu partout dans la ville. De même, parce que «le football est un sport si important dans la société», selon Andy Walsh, les animateurs du FC United cherchent à développer l’«empreinte sociale» du club, avec des animations dans les écoles et dans les quartiers environnants.
D’un point de vue sportif, l’objectif du nouveau club est de monter de deux divisions dans les trois ans à venir. Les fans sont de plus en plus nombreux à suivre ses matches. Les rebelles sont en marche.
Le Monde
Devant le stade d’Old Trafford, des supporters en colère protestent contre la vente de Manchester United. Estimant que le nouveau propriétaire, Malcolm Glazer, dénature l’esprit de leur club, ils ont créé le FC United en parallèle.
manchester, 12 mai 2005
DRreuters/ian hodgson
Football. Furieux du rachat des mythiques Red Devils par le milliardaire américain Malcolm Glazer, des supporters dissidents ont fondé le FC United, qui réunit déjà 4000 fans. A terme, la concurrence pourrait gêner le grand «MU»
Bertrand d’Armagnac, Manchester
«A Manchester United, le public est un consommateur plus qu’un réel partenaire»
A des années-lumière des camps d’entraînement luxueux des grands clubs, où le gazon est toujours vert et les vestiaires confortables, les joueurs du FC United of Manchester s’installent tous les mardis et jeudis soir sur les terrains du Broughton Rugby Club, dans un faubourg de Manchester. A un quart d’heure d’Old Trafford, le stade mythique de Manchester United, Karl Marginson, l’entraîneur du FC United, fait évoluer ses joueurs sur un petit terrain synthétique long d’une vingtaine de mètres. Il leur faut souvent attendre un bon quart d’heure sur le parking que les pupilles d’un club local finissent leur séance d’entraînement.
Malgré les apparences, l’équipe du FC United ne mène pourtant pas l’existence normale d’un club de la North West Counties Football League, la 10e division anglaise. Les rencontres sont suivies avec ferveur par 3000 à 4000 spectateurs, soit dix fois plus que la moyenne des autres équipes de la même division.
Tout a commencé en octobre 2004, lorsque la reprise de Manchester United par le milliardaire américain Malcolm Glazer est devenue fortement probable. «A ce moment, un certain nombre de gens ont commencé à se poser la question: «Que faire?», raconte Andy Walsh, directeur général du FC United et ancien président de l’association Independent Manchester United Supporters.
La réponse prend alors peu à peu forme: pourquoi ne pas fonder un autre club de football? C’est fait au début de l’été 2005, et plusieurs milliers de supporters déçus de Manchester United donnent alors de l’argent pour la création du club. «Il ne s’agissait pas de faire dissidence, souligne Andy Walsh, mais plutôt de rassembler les fans déçus par cette prise de contrôle par les propriétaires actuels.» Un moyen de rassembler les «brebis perdues» en attendant que les choses changent peut-être un jour à Manchester United.
Pour les fondateurs et les supporters du FC United, l’état d’esprit des grands clubs déçoit. «Malcolm Glazer est vu par ceux qui soutiennent FC United comme une nouvelle manifestation du mouvement de commercialisation du football», souligne Andy Walsh. Et, pour ce dernier, la course à l’argent rompt le lien entre les grands clubs et leurs fans. «Les supporters ont investi leur temps et leur argent dans leurs clubs, pour leur développement, et ont tissé avec eux un lien de loyauté très fort.» Mais aujourd’hui, regrette-t-il, «ces grands clubs voient les supporters comme des consommateurs et non pas comme des partenaires». A cela s’ajoute l’inflation des prix des places dans les stades. «Il devient très difficile pour un père d’emmener ses enfants au stade pour partager l’expérience d’un match «live», à cause du prix et parce que les tickets sont aussi achetés par des abonnés à l’année ou par des entreprises pour leurs clients», pointe-t-il.
Pour Andy Walsh, c’est la vie, la passion, les encouragements et les sifflets qui font aussi la qualité du spectacle d’un match de football. Et si les fédérations ne sont pas capables de protéger les intérêts des supporters, elles doivent permettre à ces derniers de s’en charger. Il y a toute une palette de solutions: depuis l’élection du conseil d’administration par les abonnés, comme au FC Barcelone, à une prise de participation majoritaire par les supporters, comme dans certains clubs allemands. Au FC United, chaque individu qui investit une livre sterling ou plus dans le club peut voter aux assemblées, selon un principe d’égalité entre tous, et élire le conseil d’administration.
Si le FC United est riche de son histoire et de l’enthousiasme qu’il suscite, il n’en fonctionne pas moins avec de petits moyens. Les joueurs ne sont évidemment pas professionnels. Trois ou quatre d’entre eux ont des contrats «semi-professionnels», qui leur permettent de toucher environ 80 livres par semaine, soit 115 euros. Sinon, l’essentiel de l’effectif reçoit près de 50 livres par match joué, soit un peu plus de 70 euros. Tous travaillent dans la journée, à l’image de l’entraîneur Karl Marginson, qui est transporteur de fruits et légumes, ou de l’attaquant Jonathan Mitten, plombier de son état.
Le site internet du club est un lieu important d’échanges entre le FC United et ses amis. Comme tout site de club, il donne des informations sur les joueurs, les matches ou les déplacements. Et des affiches des rencontres à venir sont téléchargeables depuis le site, afin que les supporters puissent les imprimer et les placer un peu partout dans la ville. De même, parce que «le football est un sport si important dans la société», selon Andy Walsh, les animateurs du FC United cherchent à développer l’«empreinte sociale» du club, avec des animations dans les écoles et dans les quartiers environnants.
D’un point de vue sportif, l’objectif du nouveau club est de monter de deux divisions dans les trois ans à venir. Les fans sont de plus en plus nombreux à suivre ses matches. Les rebelles sont en marche.
Le Monde
Devant le stade d’Old Trafford, des supporters en colère protestent contre la vente de Manchester United. Estimant que le nouveau propriétaire, Malcolm Glazer, dénature l’esprit de leur club, ils ont créé le FC United en parallèle.
manchester, 12 mai 2005
DRreuters/ian hodgson